C’était quoi la France il y a ¾ de siècle ?

Publié le par Regali Kyrien

C’était quoi la France il y a ¾ de siècle ?

La France il y a trois-quarts de siècle ? 

Les injecteurs de repentance disent : c’était Vichy.

Marine le Pen répond, comme De Gaulle : la France était à Londres.

Moi je dis : la France était en France, c’était la Résistance.

 

On voit aujourd’hui la Résistance surtout sous l’aspect glorieux des maquis ; ils se sont formés suite au STO et ont considérablement aidé les Alliés. Beaucoup de maquisards sont morts au combat.

Mais la Résistance en France a commencé dès le début de l’Occupation, sous la forme du Renseignement, et pas forcément à l’instigation de De Gaulle, bien qu’elle s’y soit assez vite reliée.

Ce furent d’abord des cadres de l’armée, des « anti-boches » héréditaires comme l’Action Française, des communistes, des juifs, des Français de toutes sortes qui ne pouvaient accepter la botte allemande. Le moteur était avant tout patriotique, le problème nazi étant mal perçu, sauf peut-être par les juifs. La Résistance était avant tout, comme l’a dit Pierre Nord un officier parmi les premiers, « une révolte d’esclaves ».

La Résistance couvrit un large éventail de patriotes, des royalistes aux anarchistes.

Il y eut donc différents réseaux, qui finirent par s’organiser sous la tutelle de De Gaulle et de l’Angleterre.

Beaucoup de juifs (Français et étrangers) entrèrent dans la Résistance ou contribuèrent à l’organiser . Entre autres, beaucoup de juifs communistes.

Aragon et Léo Ferré ont rendu célèbres les 23 fusillés du réseau Manouchian : l’ Affiche Rouge, sur laquelle fut inscrite mystérieusement « Morts pour la France ».

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Je ne vais pas revenir sur cette épopée fascinante et héroïque. Nombre d’ouvrages l’ont racontée.

Ces Résistants masqués, agents doubles, groupes qui s’attaquaient aux convois, aux trains, aux points stratégiques des ennemis, qui aidèrent aux atterrissages secrets et aux parachutages anglais, qui espionnèrent les Allemands pour fournir des renseignements à Londres d’abord, puis par la suite aux Américains, payèrent un très lourd tribut à leur héroïsme. Arrestations, tortures, enfermement dans des camps français puis déportation en Allemagne, d’où ne revinrent que 5 % d’entre eux.

Les civils aussi payèrent : 50 otages fusillés pour chaque sabotage. (Ce fut le principal argument des anti-résistants, et explique l’hostilité d’une grande partie de la population, d’autant plus qu’avant l’entrée en guerre de l’Amérique, la Résistance apparaissait comme une cause perdue).

On a dénombré 150000 Résistants, mais il y en eut probablement beaucoup plus, sans compter ceux qui aidèrent quand l’occasion se présenta.

La France ce fut aussi bien sûr tous ces Justes parmi les Nations que l’on connaît, les familles, écoles, pensionnats qui cachèrent des enfants juifs (voir le film autobiographique de Louis Malle « Au revoir les enfants »), tous ces villages qui, collectivement, cachèrent des fugitifs : familles recherchées, juifs, déserteurs allemands... et les aidèrent à rejoindre les filières d’évasion.

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Première rue à gauche

 

Revenons à Paris et dans les grandes villes :

Le comédien Denis Manuel a raconté comment, enfant, il marchait dans une grande avenue de Lyon, lorsqu’un passant lui a soufflé à l’oreille : « Première rue à gauche » puis a continué son chemin.

Ce fut le jour de la grande rafle de Lyon.

(Par la suite, Denis Manuel fit de cette « première rue à gauche » sa règle de vie).

Ce passant qui prévenait les juifs c’était évidemment quelqu’un qui connaissait le plan de la rafle, certainement un policier. Et il y en eut bien d’autres comme lui. Selon Pierre Nord (« Mes camarades sont morts », trois tomes sur la Résistance) un commissariat entier de Paris était Résistant.

Un groupe connu aussi était le Musée de l’Homme. Ils furent arrêtés. Entre autres groupes...

Imprimeries secrètes, tracts imprimés clandestinement et distribués à la sauvette, affichage sur les murs après le couvre-feu... Espionnage des installations allemandes, préparation clandestine d’explosifs artisanaux...

Et même, propagande auprès des soldats allemands (là ce furent surtout des femmes).

Restaurants, théâtres, qui s’empressaient auprès des Allemands... et cachaient des juifs dans le sous-sol ou parmi les acteurs. Imaginez tous ces gens (hommes et femmes), liant amitié – et relations sexuelles – avec les Allemands, essayant d’obtenir des informations secrètes, endurant le mépris silencieux de leurs concitoyens, sachant qu’ils risquaient d’être honnis par la postérité, sachant surtout qu’ils risquaient les tortures les plus abominables et la déportation.

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Si peu ont survécu. En plus, à la Libération, certains furent fusillés sans jugement comme collabos.

Nos politiciens, nos journalistes les oublient parce que leur épopée n’a rien de spectaculaire. Ils survivent dans la mémoire de leurs proches, dans les travaux des historiens, dans des films d’après-guerre, dans le remarquable film documentaire de Marcel Ophuls « Le Chagrin et la Pitié »...

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Plus tard Jean Cassou dira, à propos de tous ces morts de la Résistance Française :

Engagés, eux ? non. Dégagés au contraire. Détachés. Méprisants ? non. Mais ironiques, et fatidiques. Légers. Réduits à leur seule liberté. »

 

La France d’alors, c’était eux.

 

 

 

 

 

Publié dans Guerre

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