L’avortement, liberté pour les femmes... ou pour les hommes ?

Publié le par Regali Kyrien

« Comment peux-tu voter pour Marine ? elle est contre l’avortement. »

Cet argument, certains hommes le réservent aux femmes évidemment, selon leur bonne habitude d’expliquer aux femmes comment elles doivent être féministes.
Et d’employer comme preuve à l’appui ce discours où Marion Maréchal le Pen a dit « Je suis contre l’avortement ». Or voici ce qu’a dit Marion, en substance :

« Je suis personnellement contre l’avortement, mais il n’est pas question de retirer aux femmes les droits qu’elles ont acquis ; seulement la moitié des avortements se font pour des raisons financières, et c’est là-dessus qu’il faut agir ».

Ensuite bien sûr, extraction d’une séquence... On connaît cette façon d’inverser le sens d’une phrase.

 

« Je suis contre l’avortement »... Quelle phrase scandaleuse pour ces hommes ! Mais s’imaginent-ils vraiment qu’il y ait des femmes qui soient POUR l’avortement ?

Mais toutes les femmes sont CONTRE l’avortement évidemment !

Alors pour vous, Messieurs qui prétendez parler en notre nom, l’avortement ça se décide comme ça d’un claquement de doigt, juste un petit passage en clinique pour une opération bénigne comme enlever une écharde gênante...

On va pas vous expliquer, vous ne comprendriez pas.

Réfléchissez tout de même à cette petite saynète, que vous avez peut-être jouée vous aussi...

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« Quoi, tu es enceinte ? Ah non pas question de me mettre un mouflet sur les bras ! Le fric, le travail... Et puis un bébé c’’est exigeant, ça prend du temps... Tu t’occuperas de lui et pas de moi... »

« Et puis t’avais qu’à prendre tes précautions... »

... « Que je prenne moi des précautions ? Ca va pas non ? La contraception c’est une affaire de femmes, pas une affaire d’hommes ».

... « Quoi je suis pour quelque chose dans la conception de cet enfant ? faut bien que je me satisfasse !

... « Responsabilité ? Mais c’est ta responsabilité à toi, pas la mienne ! »

... « Si tu refuses de te faire avorter, je te plaque ! »

... « Que je t ‘accompagne à la clinique ? et puis quoi encore ? C’est une opération de rien du tout, et si ça te perturbe affectivement, c’est que t’as des problèmes psychologiques. »

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Ce qui est sous-entendu là c’est :

« T’as choisi de travailler, de faire carrière... Nous les hommes qui avons créé ce monde et lui avons donné des structures lourdes et rigides, nous t’avons donné magnanimement le droit d’y entrer, dans ce monde masculin, tu dois t’y adapter. Et nous être reconnaissante».

 

Liberté des femmes = liberté de se faire avorter ???

 

Quelle sinistre façon de définir la liberté !

La vraie manière de poser le problème c’est : ne plus être considérées comme les brebis reproductrices du cheptel, et pouvoir choisir notre place dans ce monde, auquel nous sommes obligées de nous adapter tant que ce monde refuse de s’adapter à nous.

Tenter d'échapper au dilemme : jouer notre rôle dans la société selon nos capacités personnelles, ou nous effacer derrière "la mère".

Donc choisir le moment où nous avons des enfants, éventuellement choisir de ne pas en avoir.

Mais ça c’est une affaire de contraception, l’avortement n’est qu’un pis-aller, pratiqué en désespoir de cause.
Et la contraception est de la responsabilité des hommes autant que des femmes.

Seulement la médecine est d’origine masculine, et porte ses recherches plus sur l’action sur les femmes que l’action sur les hommes. Les effets parfois désastreux de la contraception féminine – y compris parfois la frigidité – c’est sans importance n'est-ce pas...

La loi qui autorise l'avortement a certes libéré les femmes de la triste condition  de brebis reproductrices, d'avoir contre leur gré des enfants qu'elles étaient obligées d'abandonner, de devoir supporter d'être enceintes d'un viol... Mais elle a aussi libéré les hommes du problème : maintenant que j'ai fait un enfant à cette fille, je l'épouse sans amour ou je m'enfuis ? 


Et quant à la responsabilité...

La responsabilité, un mot qui ne figure pas beaucoup dans le vocabulaire viril. Ca aussi, c’est une affaire de femmes...

 

L’avortement, liberté pour les femmes... ou pour les hommes ?

Publié dans Réflexions

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