Pieds-Noirs et Harkis : la trahison 1962

Publié le par Regali

Témoignage

Après avoir mis fin à la guerre d'Algérie avec la perfidie que l'on connaît, De Gaulle et son gouvernement crièrent "Vae Victis ! Malheur aux vaincus !" A Marseille, où arrivaient les bateaux, l'ignoble Defferre en rajoutait, appelant, entre autres infamies, les dockers à aller crever les matelas que s'étaient procurés des Pieds-Noirs et Harkis pour dormir sur le Vieux-Port.

Il y avait quand même un office d'accueil mis en place hâtivement, devant lequel s'étendait, en plein cagnard, une longue file de gens hagards avec leurs valises. La valise ou le cercueil...

(Et le cercueil, ce fut le lot de plus de cent mille harkis abandonnés en Algérie.)

Ce fut la population marseillaise qui se mobilisa. Mais quelle population ? Pas celle qui avait voté pour l"indépendance de l'Algérie et d'où émanaient ces réflexions qu'on entendait parfois dans les bus "Qu'est-ce que vous venez faire ici ? On vous a donné votre indépendance, restez chez vous". Non, ceux qui se substituèrent à l'administration déficiente, c'était cette catégorie qui avait prôné l'intégration "Les Algériens français à part entière" (ils avaient tort, mais on ne le sait qu'aujourd'hui).

Alors ceux qui travaillaient donnaient un mois de leur salaire. Les plus jeunes se proposaient pour relayer des gens dans la file d'attente sous le soleil brûlant (ce qui me donna l'occasion de rencontrer des gens très sympathiques). Ceux qui avaient un grand logement ouvraient leur porte à des familles entières.

Pour se débarrasser des arrivants, la Mairie distribuait des billets de train pour des destinations au hasard. Une famille qui possédait un château à Saint-Henri se rendait à la gare à chaque arrivée de train et ramenait chez elle tous ceux qui descendaient - Pieds-Noirs et Harkis - puis essayait de leur trouver une solution. Et on peut imaginer ce genre de choses dans toutes les gares...

Il y avait aussi l'office des HLM où les arrivants pouvaient aller s'inscrire - et on leur répondait "Pas avant deux ans".

Tous auraient aimé s'installer dans le midi, mais déjà les Pieds-Noirs les plus riches avaient depuis longtemps monopolisé tout ce qu'il y avait comme logements - faisant monter les prix - et ceux qui arrivaient ainsi au dernier moment n'étaient que pauvres et classes moyennes. Alors ceux qui avaient de la famille en France la rejoignaient. Les autres... Ils se noyèrent dans l'oubli.

Des militaires prirent en charge les harkis, organisant des camps provisoires - qui durèrent des décennies.

Le gouvernement, lui, conserva sa gloire d'avoir réglé au mieux le problème de la guerre d'Algérie...

Publié dans Histoire

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