Complotistes et anti-complotistes

Publié le par Regali

Il y ceux qui voient le monde victime d'une vaste conspiration, généralement israélo-américaine, et ceux qui, s'opposant aux premiers, ne proposent que de prendre pour argent comptant l'apparence des événements. Les uns et les autres détiennent la vérité. Et puis il y a eux qui cherchent, qui se posent des question, qui tentent de voir la réalité au-delà des apparences.

Les complotistes

C'est à partir des attentats du 11 septembre 2001, quand certains ont commencé à se poser des questions sur des aspects inexpliqués, que le gouvernement américain a tranché : ceux qui s'interrogent sont des complotistes. Le film de Michael Moore Fahrenheit 9/11,qui posait des questions plutôt intelligemment, a eu un immense succès et a été suivi d'une foule de commentateurs qui s'en sont donné à coeur joie de montrer qu'eux possédaient la réponse : c'est le gouvernement américain l'auteur des attentats ; et on a été ressusciter le vieux mythe du complot judéo-maçonnique, actualisé en complot israélo-américain (et le vieux complot judéo-bolchevique inversé en son contraire !). Processus classique de récupération, qui ferme la porte à toutes les questions.

Puis il y a eu les interrogations, de plus en plus nombreuses, sur le rôle de l'Amérique dans la construction européenne, construction que beaucoup tiennent -à juste titre - pour une catastrophe, évidente aujourd'hui. Or le rôle de l'Amérique est indéniable et n'a plus à être prouvé. Mais que vient faire là Israël, association obligée avec l'Amérique, que l'on retrouve dans tous les discours des souverainistes (à quelques rares exceptions près) ? Qu'est-ce que ce pays, grand comme un département français, a à voir avec le puissant (ex) empire américain ? Mystère !

Quant à ceux qui, voyant un peu plus loin, savent que les gouvernements américains successifs sont élus par les intérêts privés et qu'aujourd'hui ce gouvernement a été presque entièrement privatisé, ils voient que le pouvoir mondial appartient en réalité à "la Phynance", les banques en particulier, et ne manquent pas de faire appel au mythe du juif financier et de voir partout la sombre main de la banque Rotschild.

S'y ajoutent l'ingérence systématique et désastreuse de l'Amérique au Moyen-Orient (avec bien entendu l'aide d'Israël !), et les actions continues de la CIA dans le monde (le Mossad immanquablement accolé à la CIA ! comme si ce service de renseignement d'un pays de 8 millions d'habitants n'avait rien d'autre à faire, et pouvait se comparer à celui d'un pays qui compte environ 300 millions d'habitants).

Les anti-complotistes

Ils s’attachent à démonter avec justesse les pires arguments des pires complotistes, délaissant cependant les meilleurs arguments et les « moins pires » complotistes. Ils prennent la défense d’Israël au même titre que de l’Amérique. L’impression générale qui en résulte est qu’il n’y a rien à reprocher à l’Amérique, pas plus qu’au système capitaliste dont elle est le vecteur. La réalité ne diffère pas de la propagande, la catastrophe sociale, économique, écologique n’existe pas.

Et on constate qu’eux aussi associent la défense d’Israël à celle de l’Amérique et du système économique, apportant involontairement de l’eau au moulin des conspirationnistes.

Jusqu'ici, il s'est trouvé peu de gens pour songer à dissocier Israël de l’Amérique. Je citerai quand même Résistance Républicaine et Novopress.

Et la réalité, dans tout ça ?

Société du spectacle, disait Guy Debord. Meurtre de la réalité, selon Jean Baudrillard. La propagande a atteint un tel niveau de perfection scientifique qu'elle en arrive à susciter elle-même le scepticisme chez ceux qui se disent : Est-ce qu'on nous prend pour des cons ?

Elle utilise toutes les techniques d'intoxication des services secrets - qui ont fait leurs preuves lors de la dernière guerre - plus celles du marketing et de la publicité, les méthodes de psychologie originellement psychothérapies, sans oublier le lavage de cerveau bien mieux mis au point dans les laboratoires de la CIA que dans ceux du KGB. Et toutes les techniques de manipulation mentale qui aujourd’hui font l’objet de recherches intensives

En France nos gouvernants remplacent ouvertement la réalité concrète par des mots dépourvus de signification qu’on appelle « novlangue », et qui ont l’avantage de détourner les neuf dixièmes de l’énergie contestataire vers des controverses sans fin, faisant oublier que « les manipulations c’est comme les trains, une peut en cacher une autre ».

A travers tout ce brouillard, cette distorsion de la réalité, que peut-on saisir ?

La volonté impérialiste américaine est affichée et reconnue, même si beaucoup trouvent ça très bien. Moins connu est le fait que la constitution américaine autorise explicitement la dépendance des élus aux puissances d’argent : des entreprises financent la campagne d’un candidat, en échange de quoi le candidat s’engage, une fois élu, à les favoriser, c’est un principe qu’en France on considère comme de la corruption mais qui, aux Etats-Unis, est légitime.

La frénésie de privatisations dans le monde a atteint un tel degré aux USA qu’aujourd’hui est aux mains d’entreprises privées presque tout ce qui relève normalement de l’Etat, y compris l’armée. On trouve là-bas couramment ces doubles casquettes qu’en France on appelle encore conflits d’intérêts.

Il est donc légitime de parler, plutôt que de l’Amérique, du pouvoir de la Phynance mondiale. Mais quelle est cette finance ?

Un tiers des capitaux circulants ont été identifiés, il y a assez longtemps déjà, comme provenant du recyclage de « l’argent sale » : trafics de drogue, d’êtres humains, d’animaux, d’objets d’art, etc... Un tiers identifié donc - et le non-identifié ? et qu’en est-il aujourd’hui ? Il faut être aveugle pour ne pas voir que tous ces cris de « moins d’Etat ! moins d’Etat ! » sont des cris de « moins de flics, moins de flics ! » poussés par des cambrioleurs, et que la fameuse « compétitivité » oblige toutes les entreprises à s’aligner sur la plus malhonnête. Cette « anarchie économique » prônée par les think tanks britanniques dès le XIXe siècle fait le bonheur des mafias mondialisées.

Le chaos au Moyen-Orient. Où l’Amérique passe, la civilisation trépasse... Afghanistan, Iran, Irak, Syrie, printemps arabes... Mais fleurissent les trafics : armes y compris armement lourd, drogue pour les enragés de l’Etat Islamique, vols de statues et objets d’art avant destruction spectaculaire - parfois de simples répliques en plâtre, et enfin, grâce au déchaînement des monstres sanguinaires, trafic de réfugiés sur une échelle jamais vue jusqu’ici. « L’Amérique a créé Daesch » dit le général Desportes. Non général, ce sont les mafias qui ont créé Daesch.

Et Israël alors ? Excellent bouc émissaire, le complot sioniste crée une obsession monomaniaque qui empêche de voir tout le reste et masque les évidences.

Les auteurs des attentats du 11 septembre se sont facilement dédouanés en accusant non seulement le Grand Satan américain, mais en plus ce petit pays qui leur est depuis sa création une épine dans le pied, car ils n’apprécient pas de voir un Etat juif revenir à sa terre d’origine, au milieu de cette région du monde qu’ils avaient crue entièrement arabisée à jamais

Et il leur est facile d’aller récupérer dans le passé les théories nazies du fameux complot, avec l’aide obligeante des négationnistes convertis à l’islam... j’en passe et des meilleurs, l’association nazisme islamisme n’étant plus à démontrer.

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Tout ceci mériterait certes une étude plus poussée, en particulier sur la chronologie des événements et le rôle des intervenants. Il paraît indispensable aujourd’hui de pouvoir dissocier l’antisionisme – qui est ni plus ni moins qu’un projet de génocide assorti d’un triomphe du panislamisme - d’une critique légitime d’un système économique et politique mondialisé qui entraîne le monde à sa perte.

Le malheur, c’est que les analyses des complotistes sont souvent justes (d’ailleurs ils se recopient les uns les autres) et qu’ils peuvent apporter des preuves à l’appui. Mais, outre que ces analyses sont insuffisantes –puisqu’ils détiennent la vérité, inutile de chercher plus loin – elles font passer dans le tas l’obsession antisioniste, parvenant à escamoter le fait évident que ces accusations-là ne reposent sur rien.

Que l’Amérique ait soutenu la création de l’Etat d’Israël par stratégie géopolitique, dans l’espoir d’avoir une tête de pont dans ce vaste champ pétrolifère qu’est le Moyen-Orient, c’est certain. Il est non moins certain que le projet sioniste s’en fichait éperdument, et que 67 ans après sa création, l’Etat d’Israël continue à se ficher éperdument des intérêts américains, occupé qu’il est à sa propre survie.

Le complot sioniste est bien une création islamique et nazie, encouragée et récupérée par les mafias mondiales, et que cette propagande ait pu s’implanter chez des gens qui ne sont rien de tout cela est assez stupéfiant, sauf à considérer le soulagement que peuvent éprouver certaines personnes quand on leur propose l’explication ultime, fût-elle absurde, d’une réalité angoissante et complexe.

Publié dans Réflexions

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