Si j'étais antisioniste

Publié le par Regali

(Ah non au fait on ne dit plus antisioniste-mais-pas-antisémite, on dit "pas-antisioniste-mais-contre-la-politique-d'Israël", ou encore "contre la colonisation")...

Or donc si j'étais ça :

Révoltée, en tant que communiste, par les dégâts du capitalisme qui s'étalent en France au coin de ma rue, c'est en Israël que j'irais faire un reportage sur la question. Occasion d'un beau voyage, financé par une ONG quelconque.

Témoin de grossièretés et mauvaise éducation près de chez moi, j'irais voir une ONG pour m'offrir un reportage en Israël ( ah mais ça, ç'a déjà été fait).

Affligée de voir mes cousins catholiques intégristes me raconter comment ils rejettent les homosexuels, je courrais en Israël... (ah mais ça aussi ç'a été fait).

Je ferais une provision de truite fumée dans une épicerie juive, ensuite j'irais dans les magasins expliquer qu'il faut boycotter les produits israéliens, et même les produits français casher. Après avoir écouté Omar Barghouti, fondateur de BDS, proclamer que l'objectif du mouvement est "une terre pure et musulmane débarrassée de la domination sioniste", après avoir entendu les camarades crier "juifs dehors", "on va vous brûler dans nos pays arabes"... j'expliquerais aux clients que nous sommes un mouvement pacifique, qui veut juste obtenir qu'Israël s'en aille de ses "colonies".

Je boycotterais bien sûr les artistes, intellectuels et scientifiques israéliens, mais je continuerais à utiliser toutes les technologies inventées en Israël, comment je ferais sinon pour me répandre sur internet ? pour téléphoner ? pour... mieux vaut n'y pas penser !

J'obtiendrais 300.000 euros pour aller faire une enquête chez Tsahal, afin de trouver quelques dizaines de soldats mécontents, au besoin extraire quelques phrases hors contexte, et pourquoi pas inventer des témoignages. Puisque de toute façon c'est anonyme ! Et puis, que ne peut-on faire avec 300.00 euros. (Bien sûr, c'est plus facile en Israël : essayez donc d'aller faire une enquête dans l'armée française ! je sais de quoi je parle, j'ai des cousins dans l'armée).

Je m'offrirais une croisière estivale sur les mers d'orient, gonflée de vent et d'orgueil d'aller héroïquement forcer un imaginaire blocus.

Quand on me parlerait des combattants du Hamas, je dirais "c'est quoi ça ? Il y a juste des civils, surtout des enfants, qui s'amusent à jeter des pierres". Je pleurerais et m'indignerais pour les enfants tués sous les bombes, sans me demander pourquoi leurs parents ne les ont pas mis à l'abri quand on les a avertis.

Je me ferais journaliste, et j'aurais beaucoup de succès (sinon beaucoup de métier), en pleurant sur les palestiniens. De Gaza bien sûr, pas de Syrie, d'Irak ou d'ailleurs. C'est pas pour les palestiniens massacrés à Mossoul que le rédac'chef me dirait "c'est un scoop ça coco". Non pour que ce soit un scoop, faut qu'y ait le mot Israël dans la copie. (1)

Il y aurait des pluies torrentielles dans la bande de Gaza, je sauterais sur l'occasion pour inventer un barrage que les Israéliens auraient ouvert exprès pour inonder des villages palestiniens.

Quand on me demanderait de parler dans mon journal des droits de l'Homme violés au Qatar, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Birmanie et ailleurs , je dirais "m'intéresse pas, ça met pas en cause Israël" ; des massacres en Ukraine, par exemple 40 communistes brûlés vifs dans l'incendie du siège du parti, je répondrais "m'en fous, Israël n'est pas en cause, d'ailleurs il y a en Israël un parti communiste qui s'exprime librement, et qui noue des contacts libres avec le parti communiste palestinien - mais faut pas le dire, puisque ce pays est forcément une dictature".

Je créerais un parti politique, une association culturelle ou humanitaire, avec un objectif quelconque, et j'en profiterais pour hurler avec les loups contre Israël, en arguant du "respect du droit international". Quand on me dirait "vous êtes donc antisioniste ?", je répondrais "mais non, je veux juste faire respecter le droit international".

Je crierais "solution à deux Etats !!!", pour faire croire que c'est Israël qui la refuse, affectant d'ignorer que ça veut dire en réalité "solution à un Etat". Arabe évidemment.

Je serais bien considérée, au lieu de me faire taxer d'islamophobie dès que j'ouvre la bouche.

Je me sentirais vertueuse et pétrie de bonne conscience.

Je sens que je vais me faire antisioniste : j'en ai marre de mes revenus riquiquis, et j'ai envie de voyager.

Et puis ce doit être si agréable de faire partie d'un grand mouvement humanitaire, toujours sûr d'avoir raison, avec à sa tête un pseudo-gourou qui réclame l'allégeance, et avec plein de camarades qui répètent tous les mêmes slogans... bref être du côté du manche.

Je pourrai enfin cesser de penser par moi-même.

(1) Sur Mossoul, d'après muslimvillage.com :

Lorsque ISIS est venu chez eux la plupart des Palestiniens ont fait semblant d’être irakiens, car être palestinien les mettait en danger.

"S’ils savaient que je suis palestinien, une partie de l'Etat islamique aurait probablement envie de me tuer. Les gens de l’Etat islamique ne savent pas si on est palestinien ou pas parce que nous avons le même accent que les Irakiens, j'ai parlé avec eux quand ils sont venus à ma maison et ils n'ont aucune idée que je suis palestinien. Mais j'étais nerveux quand nous avons quitté la ville, si on vous demande votre identité à un poste de contrôle, ils savent qu’on est palestinien, et je ne sais pas ce qu'ils vont faire... «

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