Pourquoi les trois quarts des Français juifs ont-ils pu être sauvés du nazisme ?

Publié le par Regali

Alors que la France est l'objet d'une propagande culpabilisante dans tous les domaines, entre autres la dernière guerre, nombre d'historiens se posent la question : pourquoi, alors que dans les autres pays d'Europe les juifs ont été entièrement ou presque exterminés, en France les trois quarts d'entre eux ont-ils pu échapper à ce sort ? . A ma connaissance, aucun n'a avancé l'explication suivante :

Un concours de circonstances qui a permis aux réseaux de s'organiser. Je résume brièvement :

Tout d'abord la politique d'Hitler. Et certes ce n'était pas le but recherché ! Pour une raison que j'ignore, Hitler voulait s'assurer l'alliance de la France (la collaboration). Peut-être parce qu'il souhaitait faire de notre pays un "jardin pour l'Europe". D'où une armistice inespérée, alors que la France était vaincue, écrasée, anéantie , seule après le retrait des troupes britanniques. L'armée allemande avait atteint Bordeaux et occupait la moitié du pays. Est-ce Hitler, est-ce Pétain qui a proposé l'armistice ? toujours est-il qu'elle a été signée après des accords secrets Pétain-Churchill (pour Churchill la France n'était plus qu'un boulet...).

Hitler a envoyé en France l'élite de la Wehrmacht (rien à voir avec ce qui était envoyé en Russie par exemple), avec la consigne de séduire la France, de lui "proposer le mariage", selon l'expression de Vercors dans son beau livre le Silence de la Mer, publié clandestinement, où il montre que ce mariage n'est en fait que de l'esclavage.

L'armistice, qui laissait une zone libre, a été un soulagement pour l'ensemble des Français : outre qu' elle préservait la liberté de la moitié de la France, elle laissait un Français à la tête du pays, au lieu d'un "gauleiter" comme dans les autres pays vaincus. La "collaboration" n'était pas encore devenue la collaboration active que l'on connaît, Pétain la définissait comme "sauver les meubles".

Autre circonstance favorable : la neutralité du général Franco, ce qui laissait libre le passage de la frontière espagnole.

Ainsi ont pu s'organiser des filières d'évasion et des réseaux de Résistance, durant les deux ans qu'a duré la zone libre (jusqu'en 42). Les organisations juives ont pu organiser des réseaux, parfois avec la complicité des administrations françaises. Depuis la zone occupée, fuir vers l'Amérique ou ailleurs, ou bien rejoindre De Gaulle à Londres, ne pouvait se faire qu'en passant par la "zone nono" (zone non-occupée, terme imposé par les Allemands ) après avoir franchi la ligne de démarcation ; puis par l'Espagne. Ce délai fut aussi l'occasion pour des gens ordinaires de mettre en oeuvre courage et générosité, lorsque l'occasion se présentait.

En outre les arrestations ont été confiées à la police et la gendarmerie française, ce qui a permis à des réseaux de Résistance de se créer à l'intérieur de ces services. Ces réseaux, dans la mesure du possible, tentaient de prévenir les gens (juifs ou résistants) qu'ils allaient être arrêtés (voir le film "Les Guichets du Louvre", et j'ai personnellement connu des gens que la police a essayé de prévenir). Par exemple à Paris, un commissariat entier (celui du XVème arrt je crois) était une cellule de Résistance.

Dans ces circonstances, c'est la quasi-totalité des juifs qui auraient dû être sauvés. Mais Pétain ne les considérait pas comme Français et les a sacrifiés en échange d'avantages pour le reste de la population, et du retour des prisonniers de guerre. Et quant à l'Amérique libératrice, elle a refusé de bombarder les voies ferrées, alors que c'est à la fin de la guerre qu'ont eu lieu la majeure partie des déportations. Stratégie oblige, et le souci essentiel des Etats-Unis était de barrer la route à l'Armée Rouge.

On peut tirer de ceci trois conclusions importantes :

D'une part cette situation particulière a donné aux détracteurs de la France (et aux Américains en particulier, qui ont besoin de se dédouaner) l'occasion de criminaliser notre pays, de nous culpabiliser, d'encourager notre masochisme, en soulignant que c'est l'administration française qui faisait le sale boulot et non les occupants. Ignobles entre autres sont les attaques contre la SNCF, alors que nombre de cheminots étaient Résistants et sabotaient les voies. L'Amérique d'aujourd'hui présente comme négligeable le rôle de la Résistance française, allant jusqu'à attribuer à l'OSS (l'ancêtre de la CIA) la création de ladite Résistance ! Alors que Roosevelt avait toujours soutenu le gouvernement de Vichy.

D'autre part Pétain était réellement patriote, et c'est bien ça qui nous interroge sur la définition du patriotisme. Sa conception en était celle de Charles Maurras ("La seule France, tel est l'axiome fondamental"), et cette France excluait les juifs. Ainsi d'ailleurs que d'autres Français, considérés comme anti-patriotes, comme les communistes. Cette conception étroite et criminelle du patriotisme, n'est-ce pas elle qui peut amener à commettre des crimes contre notre patrie même ? .

Enfin il est de bon ton aujourd'hui de souligner les crimes de la France, présentant notre pays comme un repaire d'affreux collabos, qui savaient ce qui se passait et restaient indifférents. Alors qu'en réalité les véritables collabos, les collaborateurs actifs, n'étaient pas plus nombreux que les Résistants; mais ils avaient évidemment plus de facilité pour se manifester ! Aujourd'hui on a tendance à réduire la Résistance aux maquis, mais elle a commencé dès le début de l'occupation, faisant du renseignement et du sabotage. On sous-estime aussi le rôle des militaires et des communistes, en songeant surtout à ceux qui ont suivi De Gaulle. Les Résistants, ainsi que ceux qui cachaient des gens, savaient qu'ils risquaient la mort, la torture, la déportation. Quant à la population ordinaire, elle était surtout occupée à chercher à se nourrir, se chauffer, se vêtir, et disposait de fort peu de moyens d'information. C'était souvent l'occasion qui amenait des gens tout à fait ordinaires à faire ce choix : cacher, aider quelqu'un en risquant sa vie et celle de sa famille, ou se détourner... Qu'aurions-nous fait ?

V. article de Dreuz Infos sur Jacques Semelin :

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Publié dans Réflexions

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